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dimanche, 12 juin 2005
Le modèle social français
Vous trouverez à la suite de ce post le discours que j'ai prononcé hier à l'UMP à propos du modèle social français.
Je sais, c'est un peu long pour un blog (et surtout pour un premier post) mais je crois qu'il y a quelques idées qui meritent "débat".
En ce qui me concerne, je m'en tiens à la conclusion
"Pour que la France gagne, il faut commencer par y croire. Et nous avons toutes les raisons d’y croire !"
pour lire ce discours cliquez sur le lien suivant
Le Modèle Français
Un sujet du bac de philosophie, cette année, a posé la question de savoir si « l’action politique devait être guidée par la connaissance de l’histoire. »
Tocqueville avait prévenu que, lorsque le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres.
Depuis que je milite, j’ai vécu, avec mon parti, quelques victoires et de nombreuses défaites. A chaque fois, nous avons refusé, éludé, occulté toute analyse des causes de nos échecs. Probablement effrayés par l’idée d’être jugés pour nos choix, mais nous condamnant ainsi à les répéter.
L’ordre du jour initial de cette réunion était de « tirer les leçons du référendum, quel qu’en soit le résultat ». J’y resterai donc fidèle.
Désormais, heureusement - et merci Nicolas ! -, l’UMP est devenu un véritable lieu de débats où peuvent s’opposer des analyses contradictoires, mais où peuvent naître, de ce fait, des idées nouvelles.
Je voudrais donc réfléchir avec vous sur les causes et les conséquences de l’échec du référendum : car cela va naturellement bouleverser notre avenir.
Désormais, rien ne sera plus comme avant. Ni au plan électoral, ni pour la politique intérieure, ni pour la politique européenne, ni pour la politique étrangère.
A côté de la conjoncture, cet échec a des causes profondes : ce sont elles que je veux analyser.
La première cause profonde, c’est un élargissement mené sans l’accord des peuples.
Après l’adoption de l’euro par le traité de Maastricht en 1992, nous avons tous senti la nécessité de renforcer l’Europe politique. Il fallait équilibrer par une politique économique la rigueur des mécanismes monétaires.
Pendant des années, nous avons discuté pour savoir s’il fallait d’abord procéder à « l’approfondissement » des institutions ou à « l’élargissement » vers d’autres pays européens. Par facilité et par solidarité avec l’Europe que nous avions abandonnée à Yalta, nous avons choisi l’élargissement et reporté la réforme des institutions dont chacun dénonçait pourtant les insuffisances.
Nous l’avons fait sans définir les frontières de l’Europe, et sans jamais consulter les populations des pays du noyau fondateur. Les relents de xénophobie, venue même de la gauche, s’expliquent ainsi. Les peuples fondateurs de l’Europe se sont sentis progressivement dilués dans un ensemble de plus en plus vaste et de plus en plus indéfini, qui transformait le projet d’Europe politique en succédané d’une organisation internationale : l’Europe était vécue comme l’antichambre de la mondialisation au lieu d’en être la protection.
Le comble a été atteint quand il s’est agi de faire entrer la Turquie. Le chancelier Schröder a été le militant le plus acharné de cette cause parce qu’il espérait que l’importante communauté turque vivant en Allemagne lui en aurait reconnaissance. C’est pour être fidèle à l’alliance franco-allemande que Jacques Chirac a soutenu cette cause impossible. Le résultat est que la France et l’Allemagne sont divisées désormais, l’une a voté oui, l’autre a voté non. Mais il est possible que, si le peuple allemand avait voté, il eût fait le même choix comme le montrent les sondages en faveur de la CDU-CSU.
Les Français, dans leur grande majorité ne voulaient pas de l’entrée de la Turquie et la réforme de la constitution française, qui obligeait de soumettre au référendum l’entrée de la Turquie, n’a pas apporté de garanties suffisantes parce que l’on indiquait ce vote pour dans 10 ou 15 ans, alors que l’ouverture des négociations avec la Turquie était, elle, prévue pour dans 10 ou 15 semaines.
Et si l’on veut répondre à la demande des électeurs, (même à ceux qui ont voté « oui » malgré la Turquie), alors nous devons demander que l’ouverture des négociations prévues pour le mois d’octobre soit reportée. Surtout quand les élections allemandes de septembre laissent présager un nouveau gouvernement allemand, avec un changement radical de politique : il serait décent d’attendre.
Le mot de « décence » a tout son sens dans cette affaire si l’on veut bien considérer qu’il est inconvenant de discuter d’une association avec un Etat qui occupe militairement une partie de notre territoire européen. Je rappelle que l’armée turque continue d’occuper, en violation de la légalité internationale et malgré toutes les condamnations de l’ONU, une partie de ce qui est désormais le territoire européen. A savoir le nord de Chypre.
Et il reste encore un « mur de la honte » en Europe, c’est celui qui coupe Nicosie en deux. Le gouvernement de Berlin devrait avoir toutes les raisons de ne pas accepter des négociations tant que dure ce scandale !
Pour le reste, il suffit de constater que, malgré les discours, la Turquie n’a fait aucun progrès réel sur le chemin des valeurs qui fondent l’Union Européenne :
La situation faite aux femmes que toute l’Europe a pu voir matraquées par la police pour la Journée des femmes, l’adoption du nouveau code pénal qui interdit d’évoquer le retrait de Chypre ou la reconnaissance du génocide arménien, la situation faite aux minorités, kurde et chrétiennes.
La seule communauté arménienne du monde à ne pas demander la reconnaissance du génocide arménien est celle de Turquie. Demandez-vous pourquoi ?
L’organisateur de l’extermination des Arméniens, dont la dépouille avait été remise à la Turquie par Adolf Hitler, est toujours honoré comme un héros national : des avenues, des écoles, un mausolée sont consacrés à sa mémoire ! On est loin de Willy Brandt agenouillé à Auschwitz.
La frontière avec l’Arménie est toujours fermée et le blocus maintenu. Le ministre des affaires étrangères turc a déclaré que cela durerait tant que l’Arménie demanderait la reconnaissance du génocide !
La seconde cause profonde est plus ancienne que la première : c’est le chômage.
Ce chômage, malheureusement bien plus durable que le développement du même nom, tient d’abord au modèle social français, à propos duquel Raymond Aron observait déjà il y a près de 30 ans (en 1977 dans Plaidoyer pour une Europe décadente) que « parmi les Etats de l’Europe de occidentale, la France demeure dans l’ordre économique la moins libérale, la plus dirigiste, et la plus bureaucratique ».
Il ajoutait, 4 ans plus tard, en conseil à notre majorité que nous devions « convaincre les Français, non pas que nous gérions mieux le pays que les socialistes mais que nous leur proposions un modèle de société préférable » .
Nicolas Sarkozy a eu, lui, cette formule lapidaire difficile à contester « le meilleur modèle social c’est celui qui donne du travail à tout le monde. Ce n’est donc plus le nôtre» .
Je résumerai, pour ma part que le modèle social français :
- n’est pas un modèle puisque personne ne veut l’imiter,
- n’est pas social puisqu’il provoque des records de chômage,
- n’est pas français puisque fondé sur la lutte des classes et le refus du réformisme.
Demandez-vous pourquoi la CGT, le Parti communiste, les mouvements révolutionnaires ne veulent pas en changer ? Parce que c’est le leur !
Ce sont eux, en grande partie, les auteurs des compromis passés en force sous menace de grèves générales à l’époque du stalinisme triomphant.
Regardez les différentes couches sédimentaires de notre code du travail, croyez-vous qu’un seul des travailleurs qu’il prétend défendre puisse le comprendre ? C’est devenu le monopole des agrégés en droit du travail.
Ce modèle social français a fait l’objet d’une hypocrite flatterie sous le qualificatif d’exception française. Il ne s’agit là que d’une illusion destinée à nous faire croire que nous pouvons nous dispenser des efforts que tous les autres peuples consentent quand ils ont des difficultés. Je mets au rang de ces illusions sans courage l’idée que l’on peut dépenser sans compter.
La France, qui a conçu l’universel au moment de la Révolution française, réussit ce prodige d’avoir peur du monde 200 ans après ! Voilà le résultat de tant de dérobades, de compromissions et de petit calculs électoraux, depuis si longtemps !
Pourtant la France a de grandes capacités, elle a de l’imagination, elle a du courage. J’ai vu comment ses chercheurs, ses industriels, ses ingénieurs, ses commerçants vont au bout du monde chercher des parts de marché, et réussissent !
Nous avons peur de la mondialisation alors que, bien souvent, ce sont nos concurrents qui craignent la France ou l’Europe.
Pour Airbus nous sommes à armes égales avec Boeing. Qui l’aurait pensé, il y a 30 ans ?
Dans le nucléaire, nous sommes leader mondial et les Etats-Unis doivent s’en remettre à nous en matière de retraitement. Le monde entier confie à notre pays la recherche pour le nucléaire du futur, et avec ITER à Cadarache nous avons même triomphé des Japonais. Ce sont EDF et AREVA qui sont les premières entreprises au monde pour construire des centrales.
C’est à la France, avec ALSTOM, que la Chine confie son plus ambitieux programme ferroviaire : 1000 trains !
Total est devenu la quatrième entreprise pétrolière mondiale, dans un pays où il n’y a pas de pétrole. Et il y a des ânes pour s’indigner qu’elle fasse trop de bénéfices.
Nous souffrons certes des importations de textiles chinois, mais nous nous y sommes mieux préparés que les autres et nous sommes excellents dans ce qu’on appelle le « textile technique » qui a une croissance de 10% par an et représente déjà 20% du textile français. On ne fait pas que des T-shirts !
Il y a 20 ans, tout le monde pronostiquait les jours les plus sombres pour l’industrie automobile française : Renault et Peugeot sont aujourd’hui parmi les plus dynamiques. La France est leader mondial pour l’eau avec Veolia, pour l’électricité avec EDF, pour la distribution avec Carrefour et Auchan.
La France est la 5° puissance industrielle du monde, le 4° exportateur de services…
Je pourrais continuer longuement l’énumération des succès français. Vous dire que nous avons des projets ambitieux qui éveille la curiosité de l’Europe entière avec des projets sur la télévision haute définition, les nanotechnologies, la biotechnologie, portés par des financements importants et des outils efficaces : l’Agence de l’Innovation industrielle, l’Agence Nationale de la Recherche, les pôles de compétitivité…
C’est par l’innovation, la formation, l’excellence et la recherche, que nous créons les emplois d’aujourd’hui et de demain.
Pour que la France gagne, il faut commencer par y croire. Et nous avons toutes les raisons d’y croire !
19:20 Publié dans Idées | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note









Trackbacks
Le “modèle social français” ?
Pour le moment, on s’interroge. C’est au moins ça.
Vous me direz que je ne suis pas un précurseur. On s’interroge depuis quelques semaines déjà. La première fois que j’ai entendu poindre cet...
Trackback par : KoZtoujours... tu m'intéresses. | mercredi, 22 juin 2005
Commentaires
Bonjour,
En stage au Texas depuis 3 mois, je me suis surpris à expliquer aux étudiants américains, lors de nos échanges sur nos pays respectifs, que la France portait de belles et florissantes entreprises.
Vous fabriquez des voitures en France ?
Oui, des Renault, Peugeot et Citroën ! Mais Renault, s’est aussi Nissan ! Et puis nous construisons les TGV, comme celui qui passe sous la manche, les Airbus, Ariane !
Nous ne sommes pas absents du secteur bancaire avec BNP Paribas et la Société Générale.
Le Texas s’est le pétrole mais la France s’est l’électricité avec Areva, EDF et même Legrand !
Nous n’avons pas assez conscience de cela… L’herbe est toujours plus verte ailleurs ! En France, la réussite est taboue, il faut se positionner en victime pour exister. Nous nous renfermons sur nous même au lieu de nous épanouir, cela me dépasse !
La France est grand pays, ne la sous-estimons pas, ne nous sous-estimons pas !
Merci pour ce blog, et comme vous l'avez si bien dit : "Pour que la France gagne, il faut commencer par y croire. Et nous avons toutes les raisons d’y croire !"
Jean-Baptiste
Ecrit par : Jean-Baptiste Auroy | mardi, 21 juin 2005
N'a-t-il un moyen dans notre pays d'empêcher les syndicats C.G.T. de bloquer l'économie de la France ?
Je pense à Mme TACHTER avec les dockers.
Un grand pas a été fait lors du non paiement des jours de grèves dans les administrations, mais ce n'est pas assez.
Ecrit par : basana | dimanche, 22 janvier 2006
MODELE SOCIAL FRANCAIS ou VACHE A LAIT ?
La protection sociale représente 500 milliards d'euros par an.
La france a-t-elle la possibilité de détailler où va cet argent ?
Cette protection sociale est-elle utilisée seulement dans notre pays ?
Combien se chiffre le montant des abus ?
Ecrit par : basana | dimanche, 22 janvier 2006
Je vois que le sujet intéresse beaucoup de monde ! trois interventions sur ce thème... le record !
je ne supporte plus d'entendre les hommes politiques flagéler mon pays. Il a des défauts bien sûr (nobody is perfect !), mais tellement d'atouts.
Alors arrêtons de complexer les français au quotidien par des contre vérités :
ex : vous osez dire sur ce sujet :
"n’est pas un modèle puisque personne ne veut l’imiter,
- n’est pas social puisqu’il provoque des records de chômage,
- n’est pas français puisque fondé sur la lutte des classes et le refus du réformisme."
C'est totament faux et il faudrait un peu sortir de votre parisianisme pour vous en rendre compte, nombreuses sont les petites PME qui ne supportent plus d'entendre ce discours.
- La France, un modèle à ne pas imiter ? Bien sûr, monsieur Devadjian ! on voit comment vous aimez votre pays en disant de telle chose.
C'est pourquoi tant d'entrepreneurs viennent s'installer en France (ho ! bien sûr ce ne sont pas des multinationales ! mais nous savons depuis longtemps que ce ne sont pas elles qui créent des emplois, elles les détruisent en empochant au passage nos subventions ! Par contre, ce n'est pas le cas des PME.). Je peux vous présenter nombres de chef d'entreprise qui ont choisi notre pays dans le BTP par exemple (portugais, italien, espagnol et maintenant Polonais) ou dans le tourisme (anglais, belge...) ! Ils travaillent et ils réussissent ! Ils n'apprécient pas du tout votre discours, croyez le !
Pourquoi croyez vous que les fonds de pension sont en train d'acheter nos PME si notre pays n'est pas un exemple à suivre. Il est vrai qu'ils ont la réputation d'être des entités économiques idiotes qui n'investissent que sur des domaines économiques peu porteurs ! Vous êtes plus intelligent qu'eux !!!
Nous ne parlerons pas bien sûr de la productivité en France, qui malgré la terrible erreur des 35 heures, est la plus élevée d'Europe. Ni des coûts salariaux qui sont désormais parmis les moins élevés d'Europe (malgré des charges exhorbitantes) parce qu'ils ont staggné depuis des années, en comparaison des salaires anglais qui progressent plus vite en ce moment.
Quel est le modèle économique à suivre pour vous : le modèle anglais (taux de chômage réel aux alentours des 15 % comme en France. Productivité minable. Endettement dépassant aussi les 3 % exigés par l'UEE.) ? Monsieur Blair a tellement peur qu'il suffit juste d'une menace syndicale de grêve pour qu'il retire ses projets de loi. Nos hommes politiques en France sont loin de ce schéma et ils se plaignent. Vous aurez bientôt de véritables raisons de vous plaindre.
- La France n'est pas sociale ? Elle l'est heureusement encore et c'est sûrement une des raisons pour laquelle elle n'implose pas. Sinon que ferez les 15% de chômeurs réels. Pourquoi croyez vous qu'autant d'anglais débarquent à Calais pour venir se faire soigner chez nous tellement leur système est en décrépitude (trois mois pour avoir un RDV chez un dentiste !) ? Pourquoi tant de belges, d'hollandais et d'anglais achètent des maisons dans notre beau pays si la vie y est si épouvantable ? Sont ils masos ? Je ne le crois pas. Ils le disent eux-même : "on vit bien en France, tellement mieux qu'en Angleterre et vous les français vous ne vous en rendez pas compte !"
Sortez donc de vos Hauts de Seines monsieur et venez dans certains petits villages du sud de la France dont les maisons sont toutes rachetées par des étrangers (pour le grand bonheur de nos promotteurs immobiliers !).
Le problème est que c'est pour les Français qu'il est de plus en plus difficile de vivre en France (loyer trop cher , logement manquant, coût de la vie trop élevé...);
Je suis en colère monsieur et j'aime mon pays. J'aimerais que les hommes politiques sensés le représenter montre aussi l'exemple, montrent qu'ils l'aiment, le respectent.
Puisque vous voulez gérer la France comme une entreprise, connaissez vous le management par la valorisation ? Croyez moi, cela donne plus de résultat.
A.V.
Ecrit par : A.V. | dimanche, 22 janvier 2006
Ca doit être pour cela que la CGPME est le premier soutien de Nicolas Sarkozy................no comment..........
P.S. : l'entrisme des fonds de pension suppose que lesdites PME soient côtées, ce qui n'est la majorité des cas.........même si il est vrai qu'il y a des pépites d'or potentielles sur le Second marché Euronext.
Ecrit par : Julien M. | dimanche, 22 janvier 2006
Faut-il mettre fin à notre modèle ou non? Un modéle ne se garde pas dans la penderie avec de l´antimites, il doit changer, s´adapter au monde. Nous avons écrit un livre intitulé "faut-il brûler le modèle social francais?" qui analyse la situation et propose des solutions inspirées du modèle nordique (présentation ci-dessous). Vous trouverez l´éditorial d´Alain Duhamel sur notre livre dans le Point ou sur le web à l´adresse suivante:
http://www.lepoint.fr/societe/document.html?did=175943
Nous serions heureux que vous le lisiez, que vous en parliez ou que vous en débattiez, que vous le critiquiez, selon votre humeur. On ne progressera qu´en discutant...Alain LEFEBVRE
"Faut-il brûler le modèle social francais?" Alain Lefebvre, Dominique Meda, Editions du Seuil, ISBN 202085970X, mars 2006
Le livre
Chômage élevé, précarité, intégration en panne, inégalités entre hommes
et femmes. Tout semble se conjuguer pour entamer le moral des Français.
Et de fait, entraînés dans la globalisation, ils doutent d'eux-mêmes, des
politiques et de leur modèle social, au moment où ils devraient
construire avec 24 autres pays le modèle social européen auquel ils
aspirent. Leur faudra-t-il progressivement se résigner au modèle
libéral? Pas sûr, dans la mesure où il existe un autre modèle à la fois
compétitif et solidaire, le modèle social démocrate nordique. Mais
est-il transposable? Peut-on l'utiliser, et mieux le promouvoir pour en
faire notre modèle social avec une économie compétitive, des droits
sociaux renforcés et un nouvel Etat providence pour le XXIème siècle?
Les auteurs
Anncien élève de l´Ecole Nationale d´Administration (1982), Alain Lefebvre réside depuis 5 ans en Suède où il est conseiller pour les affaires sociales pour les pays nordiques. Il a travaillé en France sur le terrain comme directeur départemental, puis directeur régional des affaires sanitaires et sociales, avant d´occuper des fonctions au niveau national (chef de service de la Direction Générale de la Santé) et européen, comme conseiller pour les affaires sociales à la Représentation Permanente de la France auprès de l´Union européenne. Il a publié plusieurs ouvrages sur les modèles sociaux nordiques ( "Le droit social suédois", 2003 Liaisons sociales Europe," Le modèle social danois" Liaisons sociales Europe 2005).
Dominique MEDA, sociologue, ancienne élève de l’école Normale supérieure et de l’école nationale d’administration, agrégée de philosophie, a été professeur à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle est actuellement chercheuse au Centre d'études de l'emploi (CEE). Elle a publié de nombreux ouvrages de référence sur le travail (Le travail une valeur en voie de disparition, Aubier 1995, "Travail, une révolution à venir", Mille et une nuits 1997 en collaboration avec Juliet Schor, "Qu’est-ce que la richesse", Aubier 1999, " Le temps des femmes pour un meilleur partage des rôles, Flammarion 2001, "Le travail" 2004, Que Sais-je Flammarion)
Ecrit par : Alain Lefebvre | lundi, 27 mars 2006
Monsieur Lefevre,
Ok mais alors que l'Etat commence à montrer l'exemple en s'organisant pour gouverner comme les ministres suèdois (pas de voiture de fonction, salaire raisonnable, pas de faste ostentatoire...) !
Cela vous pouvez aussi le garantir ?
Ecrit par : A.V. | lundi, 27 mars 2006
Le modèle social suédois permet aux chômeurs de bénéficier d'allocations pendant 4 ans, avec un maximum de 2000 euros par mois.
C'est donc le juste retour de la flexibilité.
On pourrait aussi parler du modèle suisse ( j'habite à la frontière franco-suisse), pays dans lequel l'employeur peut licencier du jour au lendemain sans raison.
Et pourtant, des milliers de français frontaliers vont travailler chez les helvètes!
Pourquoi ?
A votre avis : les salaires sont 2 à 3 fois plus élevés qu'en France.
Vous comprendrez qu'un jeune de 25 ans, donc bac +6 ou 7, qui se retrouve en CPE avec un SMIC a de quoi ne pas être satisfait.
Frédéric
Ecrit par : Frédéric | mardi, 28 mars 2006
Oui, bien sûr, les salaires sont plus élevés, mais la vie est aussi plus chère. Cela étant, le choix de modèles nordiques, c´est le choix du pragmatisme, avec l´idée que c´est une bonne méthode pour qu´il rentre plus d´argent dans le pays, ce qui se passe chez les nordiques et aux USA. Dans ce cas, on accepte la flexibilité car c´est un des éléments de la réussite, avec par ailleurs la recherche, l´éducation, l´aide aux PME à l´export et divers autres sujets (voir mon blog http://societesnordiques.blogspirit.com/
Ensuite, la question est de savoir si la protection sociale est individuelle (cas des USA) ou collective (choix nordique). Les francais sont à mon avis plus nordiques.
Pour A.V. le probléme est en effet que les politiciens ne peuvent pas être crédibles pour réformer s´ils ne se réforment pas eux-mêmes. Et je pense qu´on va dans ce sens, avec le départ prochain d´une génération qui considérait normal ce que la majorité considère aujourd´hui comme abusif. Et ilfaut soutenir la Cour des Comptes, et les Cambres Régionales des Comptes qui font du bon travail en la matière. Cela évolue, et il y a des hommes et femmes politiques qui s´engagent sur une transparence à la nordique...
Alain lefebvre
Coauteur avec Dominique Méda de "Faut-il brûler le modèle social francais?" paru aux éditions du Seuil
Ecrit par : Alain Lefebvre | mercredi, 19 avril 2006
Dans ce cas là, monsieur Lefebvre :
1- je lirais votre livre
2- je vous suis dans le raisonnement
Lisez mes interventions et vous verrez que nous avons des idées communes sur le fond. Par contre, c'est loin d'être gagné pour faire accepter et trouver les mots pour faire comprendre une nouvelle organisation comme celle-ci avec les contre parties qui devront être faites par chacun pour que cela marche.
Cela me parait une des rares voies viable à suivre. J'adhère personnellement au modèle suèdois mais pas au modèle norvégien, ni hollandais que je connais bien.
Par contre, contrairement à vous, je ne suis pas sure que la nouvelle génération qui arrive en politique soit prête à prendre les mesures nécessaires pour montrer l'exemple : accès plus facile pour le citoyen aux responsabilités civiles, démocratisation et ouverture des parties et des élus sur la société civile (même un Rmiste devrait pouvoir faire de la politique s'il a des projets à proposer), mixité et parité respectées, sanction rigoureuse en cas d'abus ou de conflit d'intérêt...
J'ai proposé comme vous, ainsi qu'une autre intervenante, le renforcement des pouvoirs de la Cour des comptes et des chambres régionales des comptes en même temps, comme d'autre organisme d'audit.
je ne suis pas sure par contre que notre société soit assez mature et généreuse pour accepter les sacrifices que cela demandera pour ce faire.
Dans ce cas là, malheureusement, l'homme ou la femme providence qui émergera ne pourra pas être élu car il déplaira automatiquement à une catégorie ou à une autre.
Pour être élu, seuls les démagogues, qui parleront le langage attendu par la majorité, passeront.
Prenez par exemple, le modèle suédois. Il a été montré comme exemple, mais aucun homme politique n'a eu le courage de dire qu'il s'accompagnerait pour fonctionner d'un taux d' imposition s'élevant à 50% et non plus au 46% payés aujourd'hui (taux que tout le monde dénonce à longueur de journée, comme déjà trop élevé). Dès que vous annoncez la chose, alors le modèle suèdois devient tout de suite moins séduisant.
C'est pourtant à mon avis le plus viable économiquement et le plus transposable chez nous en fonction de nos traditions républicaines.
Seul problème, nous n'avons pas la mentalité suèdoise encore, loin s'en faut !
Quant à la suisse où j'interviens de temps en temps, il est vrai que la vie y était cher autrefois, mais cela est de moins en moins vrai.
Le passage à l'euro et l'inflation cachée dans notre pays (augmentation faramineuse du logement, de l'énergie...) a lentement érodé ces différences. c'est pour cela que nombreux sont ceux qui trouvent encore avantage à aller travailler du coup à la Frontière, en étant ni reconnu, ni valorisé par ces employeurs suisses d'ailleurs au passage. Mais les salaires motivent.
Pensez vous vraiment que tous les partenaires sociaux (syndicats, patronat, salariés, politiques) seraient capables de s'engager par écrit avec sanction sévère en cas de rupture du contrat avéré pour la mise en place d'un tel système avec tout ce que cela implique ?
Personnellement, je n'en suis pas encore convaincue
Ecrit par : A.V. | mercredi, 19 avril 2006
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