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dimanche, 28 octobre 2007

Une "passion singulière"

En ces temps de Toussaint où l’on se rend sur les tombes de ceux qu’on a aimés, et où l’on réfléchit forcément sur le sens de notre vie, quelques réflexions sur la politique…

Pourquoi s’y engager ? Cet engagement est totalitaire, il exige l’essentiel de ma vie, il m’empêche de donner autant de temps que je le voudrais à d’autres passions et à ma famille. Il est continuellement mis en doute, attaqué, ramené par l’opinion à des envies mesquines de confort matériel ou de vanité. Il suscite une agressivité constante de la part des adversaires et une demande inassouvissable des partisans.

Et cependant, c’est pour moi un des plus forts engagements, un des plus intéressants, un des plus utiles à la civilisation que l’on puisse prendre, parce que c’est la volonté de servir le bien commun qui nous anime. La conquête et la conservation du pouvoir pour le pouvoir est une caricature commune de l’action politique, malheureusement souvent illustrée par les comportements.

L’honneur de la politique, c’est le refus de la fatalité, l’héroïsme de la volonté, cette virtù qui entend infléchir le cours des choses au rebours des désabusés et des faux sages.

J’emprunte l’esprit de cette définition à Machiavel, dont il faut cesser de confondre la pensée avec la doctrine primaire  (« la fin justifie les moyens ») qu’en ont tirée « les disciples infidèles » dénoncés par Raymond Aron, alors qu’il est l’un des philosophes qui ont le plus réfléchi sur le pouvoir moderne et le vrai fondateur de la laïcité.

La politique est toujours en action : elle impose tous les jours, avec humilité et énergie, d’apprendre et de comprendre, d’écouter et de communiquer, pour servir le bien commun, loin des petits arrangements et de la bonne conscience.

Car « on ne réforme pas la société par décrets » a dit Michel Crozier il y a déjà 30 ans, la politique ne s’apprend pas dans les écoles, fussent-elles prestigieuses : il est indispensable de faire partager les réformes pour qu’elles soient mises en œuvre, tout y apportant une connaissance approfondie, de  l’habileté et de la détermination, et une exigeante vision de l’avenir, sinon c’est la seule gestion des affaires courantes qui guide à l’aveugle l’action quotidienne.

La politique est une passion qui entraîne vers le meilleur de soi-même, une ascèse, un domaine où l’on apprend toute sa vie, comme elle peut engluer dans la médiocrité. Faites de la politique, c’est l’avenir de la démocratie !

dimanche, 21 octobre 2007

L'Europe vers un nouveau départ

Ce traité simplifié, sur lequel Nicolas Sarkozy s’était engagé pendant la campagne présidentielle, doit permettre à l’Europe de fonctionner efficacement à 27.

Ce n’est pas une constitution, il est concentré sur l’urgence : faire avancer les institutions de manière pragmatique. Le traité de Nice jusqu’ici en vigueur paralysait les décisions européennes.

Qu’est-ce qui change ?

1)    La Présidence du Conseil européen : elle était semestrielle et tournante, elle sera de deux ans et demi. Le Président, élu par le Conseil européen, les 27 chefs d’état ou de gouvernement, sera le visage de l’Union, « à plein temps » au lieu d’être tout à la fois le chef de son pays et le président de l’Union.

2)    Le Parlement voit ses pouvoirs renforcés : il élira désormais le Président de la Commission sur proposition du Conseil ; et le champ de la « co-décision » (textes votés par le Conseil et le Parlement) est étendu.

3)    La prise de décision est simplifiée : au Conseil européen : la règle de l’unanimité est abandonnée au profit de la « double majorité » : majorité d’au moins 55 % des Etats et de 65 % de la population (L’unanimité n’est conservée que dans les cas prévus par les traités).

4)    A partir de 2014, il y aura moins de commissaires européens, ce qui veut dire qu’il n’y aura pas obligatoirement un commissaire de chaque pays.

5)    Un haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité parlera d’une voix unique pour la diplomatie et la défense européennes.

Maintenant, il faut aller vite.

Les Français ont accepté le principe de ce traité simplifié qui était publiquement annoncé en mars 2007 dans le projet du candidat Nicolas Sarkozy : « J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles que nul n’a contestées pendant la campagne référendaire, afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de fonctionner efficacement à 27 membres. »

La ratification peut donc se faire au Parlement. Le parti socialiste a annoncé aujourd’hui par la voix de François Hollande qu’il aurait une attitude responsable, que ce nouveau texte permettait de sortir de l’impasse et qu’il ne s’opposerait pas à la construction de l’Europe. De son côté, l’UMP s’engagera, sans esprit partisan, pour que la France soit la première à ratifier ce traité simplifié, avant les élections municipales de mars prochain.

Notre pays a besoin de ce consensus responsable sur cette question qui engage son avenir. Dans la mondialisation, l’Europe est notre avenir !

dimanche, 07 octobre 2007

Une expérience très pédagogique

Les Echos avaient invité, aujourd’hui dimanche, 80 parlementaires de toutes sensibilités politiques à venir rédiger leur journal de demain, en toute liberté cela va de soi.

Les hommes politiques et les journalistes vivent les uns à l’égard des autres une situation de frustration permanente : les hommes politiques ont le sentiment que les journalistes ne donnent pas une image exacte de la réalité ; et les journalistes pensent que les responsables politiques ne leur disent pas toute la vérité et qu’il leur appartient de la découvrir malgré eux.

Pour nous, l’exercice consistait à se mettre à la place de l’autre avec ses contraintes et en s’efforçant à l’objectivité, c’est-à-dire en prenant du recul sur ses propres convictions.

La première chose qui m’est apparue, c’est la quantité confuse de l’information et l’obligation de la réduire sans la déformer tout en étant complet. Qui plus est, l’article doit être attractif pour donner immédiatement envie d’être lu, et poursuivi jusqu’à son terme. Le tout, dans une place très limitée : pour ma part j’avais droit à 50 lignes sur les « stock options », dans un modèle préfiguré.

J’ai mesuré la difficulté de l’exercice ! Il faut éviter les exposés et donner des informations. Il faut être compris par tout le monde et éviter le vocabulaire technique qui revient inconsciemment. Il faut aussi éviter d’être elliptique et de croire que ce qui est évident pour vous l’est pour tout le monde.

Ma copie a été judicieusement corrigée avec mon accord par un journaliste très pédagogue.

Je lirai désormais la presse avec un autre œil !

Et je me suis demandé si cela ne vaudrait pas la peine un jour, de confier pendant 24 h la direction de nos partis politiques à des journalistes qui à leur tour se mettraient à notre place…

Pour lire l'article que j'ai rédigé et le journal "Les Echos" du 8 octobre écrit par 80 députés

jeudi, 04 octobre 2007

Le capitalisme doit être moral !

La mise en cause des dirigeants et actionnaires d’EADS par l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) est très grave et il est bon que la justice en ait été immédiatement saisie : c’est en effet au parquet de procéder à toutes les investigations et enquêtes nécessaires et non à une commission d’enquête parlementaire, réclamée de façon gesticulatoire par les communistes, car c’est la justice qui a les moyens, la compétence et l’indépendance nécessaires  pour mener à la vérité.

Car il faut que toute la vérité soit faite et le plus rapidement possible : des dirigeants suspectés de préférer leurs intérêts à ceux de leur entreprise jettent l’opprobre sur l’ensemble du monde patronal et aussi sur l’Etat. Comment demander à des salariés de s’investir à fond dans leur travail, de comprendre les restructurations et d’apporter leur énergie et leur enthousiasme aux nécessaires innovations, si leurs dirigeants quittent le navire à l’annonce de difficultés, empochant le maximum de ce qu’ils peuvent et manifestant cet égoïsme et cette irresponsabilité ?

Certes, il faut que les faits soient prouvés : en tant qu’avocat, je demande d’abord le respect de la présomption d’innocence. Mais s’ils étaient avérés, de lourdes sanctions, à commencer par le remboursement des sommes illégalement perçues, devraient être prises.

Si comme le souligne si bien le grand économiste Schumpeter, l’entrepreneur est l’acteur fondamental de l’évolution de l’économie, parce qu’il crée de la valeur par l’innovation et par son travail créateur, seule l’éthique de son action lui permet d’inspirer la confiance aux autres acteurs économiques que sont les salariés, les épargnants, l’Etat et les collectivités publiques, ou encore les consommateurs et l’opinion.

Notre économie libérale repose sur le droit qui traduit la morale de la société. Elle s’auto-détruit si elle tolère les pratiques du renard dans le poulailler.

La liberté ne nait pas du laisser faire, elle est le fruit d’une organisation de plus en plus savante et elle doit être protégée : c’est le rôle de l’Etat.

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